Qui a fabriqué la Ménora ? Moïse, Betsalel, D.ieu ou
peut-être… personne?
La question n’est pas banale puisque même Rachi semble
partagé dans son premier commentaire sur le verset (Nombres 8. 4.) : « Quant à la confection du
candélabre, il était tout d'une pièce, en or; jusqu'à sa base, jusqu'à ses
fleurs, c'était une seule pièce. D'après la forme que l'Éternel avait indiquée
à Moïse, ainsi avait-on fabriqué le candélabre. »
Même si à priori le verset dit implicitement que c’est Moïse
qui a fait le candélabre, le flou semble planer et Rachi reste énigmatique:
« Ainsi il fit le candélabre :
celui qui l’a fait ». A ce stade, non seulement Rachi ne répond pas à
cette interrogation, mais il paraît même la renforcer !
Puis Rachi amène une seconde explication : « Et selon le Midrach Aggada : c’est par
le Saint-Béni-soit-Il que le candélabre a été fait de lui-même ».
Comment comprendre un tel paradoxe ? Si c’est D.ieu qui a construit le
candélabre alors il ne s’est pas fait de lui-même ! Et si le candélabre
s’est fait de lui-même, dans ce cas il aurait fallu dire qu’il a été le produit
d’un miracle, sans rajouter que c’est D.ieu qui l’a fait…
Le Maharal explique que l’œuvre de la Ménora est tout à fait
particulière car elle est le symbole de toutes ces choses difficiles pour
l’homme, qui exigent du courage, beaucoup d’efforts, d’implication et de
talent. Devant l’ampleur de l’ouvrage, il est aisé de se décourager et d’être
en proie à de grands doutes… Comment la simple initiative d’un individu
peut-elle connaître un couronnement glorieux ? Qui peut se prévaloir que
le succès sera à la mesure du travail investi ?
Et le Maharal de poursuivre : « Moïse devait
connaître le mode de fabrication de l’œuvre de la Ménora, il devait s’investir
autant qu’il pouvait et D.ieu allait terminer le travail pour lui ».
C’est donc cette idée que souhaite transmettre Rachi grâce à
la splendeur de la Ménora. Il nous livre les clés pour réussir une mission
ardue :
La première qualité est de mettre du cœur à l’ouvrage, sans
se mettre en avant. Comme Rachi l’a mentionné : « celui qui l’a fait », il faut ignorer
le nom du maître d’œuvre. Non pas pour lui faire de l’ombre ou l’effacer, mais
bien au contraire, dans l’objectif de pouvoir atteindre une dimension encore
plus haute, résultant de son association avec D.ieu. Les fruits de cette
coopération dépasseront de loin les efforts investis par l’homme. C’est pour
cela que Rachi dit que le candélabre a été fait par D.ieu.
En fait, même l’artisan de ce succès – qui surpasse ses
attentes et va bien au-delà de toutes ses forces – pourra alors constater que
« ça s’est fait tout seul » !
La Michna dans les Pirké Avot (Ch. 2, Mich. 16) abonde en ce
sens : « Tu n’es pas tenu de
terminer le travail, mais tu n’es pas libre de t’en dispenser ».
Prenez des initiatives, ayez le courage d’agir et D.ieu fera
briller la lumière de vos efforts !
L’épisode de la
tour de Babel est sans doute l’un des plus énigmatiques des récits bibliques :
la Torah n’est pas très prolifique sur les motivations de cette génération à vouloir
construire une tour qui toucherait le ciel, et n’en dit pas tellement plus sur
les conséquences de son éclatement dans différents pays et langues.
Une relecture plus
minutieuse des passages afférents peut nous être utile. « Toute la terre avait une même langue et des
paroles semblables » (Gn 11, 1). Puis le verset 4 énonce : « Ils dirent: "Allons, bâtissons-nous une
ville, et une tour dont le sommet atteigne le ciel; faisons-nous un nom, pour
ne pas nous disperser sur toute la face de la terre. »
Il apparaît que ces
hommes utilisaient tous une langue commune, partageaient les mêmes méthodes de
communication et n’aspiraient finalement qu’à laisser une trace de leur passage
sur cette terre comme pour s’écrier : « Faisons-nous un nom ! ». Construire un édifice visible de
loin avec pour voisine l’humanité entière, un genre de « tour
facebook », c’était l’assurance d’une célébrité durable auprès de la
population planétaire.
Cette notion de
célébrité reposant sur le partage de modes de communication est une pratique bien
connue de notre société moderne… Les réseaux sociaux et les liens éphémères se
tissant au fil de la toile ne résultent en fait rien qu’en la réalisation d’une
tour n’assurant pourtant à ses bâtisseurs qu’une célébrité temporaire et
vulnérable.
Est-ce bien cette
valeur qu’il nous est donné de développer ?
Car si l’époque de
la tour de Babel succède à celle du déluge, notre génération se relève à peine
de l’une des plus grandes catastrophes que l’humanité n’ait jamais connues.
La dispersion des
hommes et des langues, est le signe de D.ieu que s’il y a un édifice grandiose à
ériger, ce n’est pas pour que l’homme atteigne le firmament mais bien pour la
gloire de D.ieu, car cette tour offre alors à l’homme le moyen de s’élever et d’assurer
sa véritable pérennité comme partenaire de cette construction.
Il ne s’agit pas de
supprimer et de dissoudre les liens avec les amis virtuels et les followers,
mais bien de prendre conscience de la nécessité de préserver le contact humain.
Les hommes de la
génération de la tour de Babel n’avaient certainement pas saisi ce message, tel
que le délivra le parachutiste autrichien émérite, Felix Baumgartner, avant de
sauter cette semaine de 38,9 Km d’altitude : « Quand on se tient là, au sommet du monde, on devient si
humble... Parfois, il faut monter très haut pour comprendre à quel point
on est petit! »
C’est l’histoire
d’un homme qui rentre chez son banquier pour récupérer 10.000€ en espèces. Le
banquier lui remet la liasse de billets et l’homme se met à les compter, 1, 2,
3 etc. puis il retourne la liasse de l’autre côté et compte de nouveau. La
scène se reproduit une troisième fois tandis que les clients derrière
s’impatientent.
Le banquier demande
au client : Monsieur, le compte n’est pas juste ?
- - Si cher Monsieur, le compte est juste, mais vraiment juste, juste !
Le Talmud (Souccah
53a) raconte que lors des fêtes de Souccot, les soirées faisaient l’objet d’une
grande organisation et des milliers de personnes dansaient et chantaient.
On y rapporte les
chants que certains entonnaient : « Heureux l’homme dont la jeunesse
ne fait pas honte à ses vieux jours », il s’agit du Tsadik (le juste) qui
a eu la chance de l’être depuis son plus jeune âge.
Puis, d’autres
chantaient : « Heureux l’homme dont les vieux jours pardonnent les
plus jeunes », il s’agit de celui qui a fait Techouva (retour vers la
Torah) et dont la jeunesse n’est pas au niveau de son état actuel.
La Talmud poursuit
en expliquant que les uns comme les autres disaient : « Heureux
l’homme qui n’a pas fauté, et celui qui a fauté qu’il fasse acte de retour et
il lui sera pardonné. »
Cette dernière
partie soulève toutefois un questionnement : pourquoi le Tsadik avait-il
besoin de s’exalter sur celui qui faute ? et pourquoi celui qui fait
Techouva citait-il l’homme qui ne faute pas ? Pourquoi y avait-il ce mélange
de genres ?
En fait, il faut
nous plonger dans l’esprit de l’un et de l’autre afin de répondre à cette
interrogation.
Le Tsadik n’est pas
un juste cherchant à ne faire que ce qu’il convient comme il se doit, c’est un
perfectionniste, en quête perpétuelle d’une perfection qu’il ne peut, par
définition, pas atteindre.
A l’instar de
l’adage populaire qui dit « humilité fichue vertu, tu dis que tu l’as, tu
ne l’as plus », l’on pourrait de même s’exprimer au sujet de la perfection,
« tu dis que tu l’as, tu ne l’as plus » !
L’homme parfait
cherche donc dans les moindres recoins de sa personnalité les points à
améliorer ou à raffiner ; chez lui cesser de se considérer comme un être à
parfaire marque la fin de sa progression. Le Tsadik se trouve ainsi dans une
constante amélioration, ce qui nous incite donc à affirmer qu’il est
continuellement dans un état de Techouva.
Comment peut-il
s’épargner la partie de la citation évoquant l’homme qui retourne vers D.ieu
alors qu’il s’agit de son aspiration permanente ?
A présent,
analysons la psychologie de celui qui fait Techouva.
Le retour est un
changement d’état, il y a l’avant et l’après. Comment l’homme qui procède à
cette évolution doit-il se considérer ?
Prenons l’exemple
d’un individu qui souhaite se défaire d’une addiction, tel un fumeur. S’il se
sent comme un ancien fumeur, il créé les conditions pour replonger tôt ou tard.
Serge Gainsbourg disait d’ailleurs : « J’arrête de fumer toutes les
dix minutes » !
Il est en fait indispensable
de se considérer comme un « non-fumeur ». Cette projection dans ce
nouvel état opérera sur lui le changement comportemental souhaité et lui
permettra de se maintenir dans sa nouvelle condition.
Ce mécanisme de
projection est essentiel dès lors qu’une personne désire changer de statut ou
de cap, et cela est d’autant plus vrai pour un employé qui devient chef
d’entreprise que pour un adulte qui devient parent, ou tout autre exemple dont
le quotidien ne manque pas.
Dans le domaine de
la santé également, la difficulté que peut avoir un patient à agir en fonction
de sa pathologie ou le refus d’acceptation de son état maladif sont nuisibles à
la guérison. Ne dit-on pas à ce propos : « qui peut panser sa plaie
est à moitié guéri » ?
Se comporter en
corrélation avec son nouveau statut ne veut pas uniquement dire d’endosser un
rôle ou d’incarner un acteur qui jouerait la comédie, mais c’est véritablement
la prise de conscience de la nouvelle étape franchie qui nécessite d’oublier la
précédente afin de vivre pleinement selon sa nouvelle condition.
Voilà la raison
pour laquelle celui qui a fait Techouva chantera « heureux l’homme qui n’a
pas fauté » car il est indispensable pour lui de s’organiser et de se
programmer telle une personne nouvelle, un être transformé et revigoré.
En d’autres termes,
afin de s’assurer que le Tsadik reste un juste, il doit se maintenir comme dans
un processus continu de Techouva ; en revanche, afin que celui se trouve
sur la voie du retour puisse renforcer et consolider son changement, il doit se
projeter dans l’état du Tsadik.
Le Talmud nous
offre une magnifique démonstration d’accompagnement au changement que chacun
est invité à opérer dans sa propre vie.
L’épisode chaotique des
explorateurs dont notre portion hebdomadaire de la Torah fait le récit nous
laisse perplexe en raison d’une interrogation majeure, qui est la suivante :
Moïse choisit des hommes sages,
avertis, des leaders, des chefs de tribus, pour faire un rapport sur les
habitants de Canaan, dans l’objectif de conquérir la future terre d’Israël.
Ces éminentes personnalités se
mettent en route avec précaution. La Torah nous confirme d’ailleurs la piété de
ces hommes en indiquant qu’ils sont instruits, religieux et fidèles à leur
conviction, en un mot, casher !
La suite de l’histoire connaît
néanmoins une fin bien triste, puisque ces explorateurs reviennent de leur
périple avec la phrase la plus diffamatoire contre l’Éternel : « Ils sont plus forts que Lui ». Même
le Tout-Puissant est faible devant la force de ces peuples, il est impossible
de gagner une guerre contre eux !
Voilà qui ne manque pas de nous
interpeller quant à la nature humaine : est-il possible d’être une
personne exemplaire au point d’être le digne représentant du peuple – l’élu des
élus – et de basculer dans les pires travers de la perversité
intellectuelle ?
En fait, la Torah oriente notre
compréhension lorsque les conditions initiales de la mission sont posées :
il s’agit pour les explorateurs de visiter le pays d’Israël, tel que l’indique
le terme utilisé en hébreu « Latour ».
Il leur fallait rendre compte de la situation sur place, mais sans faire de déductions
ni de recommandations quant à la stratégie d’attaque ou les chances de réussite
de conquête de la terre. Ils devaient simplement décrire ce qu’ils avaient vu,
faire un reportage « touristique » et se cantonner à cette mission.
Or, l’erreur fatale de ce groupe
d’hommes a été de donner un avis personnel et de tirer des conclusions en terme
de faisabilité du projet. Dès lors que la mission dévie de sa nature, même les
plus grands peuvent tomber… L’homme fidèle et honorable d’hier est devenu en
l’espace d’une réflexion interdite le porteur des blasphèmes et de la tragédie.
La Kabbale rapporte que la Terre
d’Israël est le symbole de la volonté, du dynamisme de chaque individu. (Terre
se dit en hébreu « Erets »,
qui est la racine du mot « Ratsone »,
la volonté).
Conquérir la volonté d’Israël
signifie s’ouvrir vers l’autre afin de lui faire découvrir la profondeur de son
âme et de son rôle. Et finalement, cela se révèle être la mission donnée à
chaque leader, rabbin ou cadre communautaire. Nous avons le devoir de donner
envie, donner envie de penser le judaïsme, donner envie de pratiquer le
judaïsme ou, tout simplement, donner envie d’être fier de son identité juive.
Lorsque nous nous engageons dans
cette mission de la plus haute importance, la Torah témoigne de notre intégrité
et de notre capacité à remplir notre engagement.
Malheureusement, dans une
situation dite quelquefois « perdue », il se peut que nous soyons
tentés de déclarer forfait avec fatalité, en pensant insidieusement « Il est plus fort qu’elle ». Oui,
l’homme que je cherche à convaincre est plus fort que la Torah, jamais il ne
reconnaitra sa vérité ni sa grandeur, jamais il ne changera sa vie, jamais il
ne voudra venir à la synagogue, etc. Ou dans une autre mesure, jamais cette
communauté ne sera capable de bouger, cette terre n’est pas prenable !
Constat fatal d’une impuissance rabbinique.
Pour beaucoup, l’inférence de ce
constat peut être un signe de lucidité, mais - hormis le fait que cela dépasse
notre mission et notre mandat - c’est précisément ce que la Torah condamne,
parce que déclarer notre désespoir, c’est en réalité invoquer une faiblesse divine.
De même qu’une impossibilité divine est un oxymore, pareillement, l’impuissance
rabbinique est une illusion, car nos Sages témoignent qu’« une parole sortant du cœur pénètre dans le
cœur ». Somme toute, un hymne à la sincérité !
Une partie de la communauté juive
est inquiète. La France a un nouveau Président, il va certainement former un
gouvernement avec les verts et l’extrême gauche.
Grâce à eux, l’antisionisme n’est
plus un tabou, c’est même une vertu. Les frontières du mal sont repoussées dans
une confusion de bons sentiments et d’admiration pour la résistance.
Il est logique pour ceux qui
appellent au soulèvement du prolétariat révolutionnaire de sacraliser une
révolte d’un soi-disant peuple sans terre. Et si la vie des véritables
pionniers et ouvriers de la terre doit être ruiné, ce ne sera que le prix à
payer pour avoir choisi un camp plutôt que l’autre, sans tenir compte des
paramètres de justice et de vérité. Que ceux qui cultivent des terres arides
pour en faire des paradis botaniques se tiennent bien !
Jean-Luc Mélenchon, l’homme
scandalisé par le racket des riches dans les portefeuilles des pauvres, n’est
autre que l’expression d’une violence verbale incontrôlable et dont la vulgarité
sans humour n’a rien à envier à celui qui remplit le stade de France.
Evidemment, je ne vais pas faire
le procès des uns et des autres, chacun sa conscience ! Mais les nombreux
messages tel que « La Aliya c’est maintenant ! » disant au fond
que les juifs n’ont plus rien à faire en France et que le temps de la quitter
ne va pas tarder, sont de nature à être à la fois excessifs mais réalistes.
Oui, si l’antisionisme des
politiques, avec une complicité malsaine des médias, se poursuit, les juifs
seront les boucs émissaires d’une condamnation injuste.
Oui, se conforter derrière la
bannière républicaine offrant une confiance aveugle aux valeurs que nous aimons
tant, est un risque certain.
Oui, laisser se propager dans les
couches de notre société le sentiment que le seul conflit dans le monde qui
provoque l’instabilité de la planète est celui causé par les juifs, est un
mensonge dont le plus grand calomniateur ne peut que se réjouir.
Alerter, prévenir, sensibiliser,
réveiller les consciences sur les dangers de l’antisionisme est fondamental. Parce
que nous savons tous que derrière l’antisionisme ne se cache même plus
l’antisémite, il s’exprime !
Je ne connais aucun pays au monde
qui est accusé par la classe politique en affichant ouvertement une position « anti »
en dehors de la terre d’Israël. C’est choquant ! Même les Américains ne
connaissent pas cette vague d’anti-américanisme depuis longtemps.
C’est bien la preuve qu’Israël
dérange. Il dérange au point de devenir un point fixe et central des préoccupations
sur cette planète. Rassurez-vous, ce n’est pas pour la beauté de nos palmiers
ou la propreté de nos plages, mais bien pour le nom que nous portons
« Israël ».
D’autre part, soyons lucides,
malgré les messages alarmistes et catastrophiques, nous devons nous montrer unis
et forts. Appeler à quitter la France, c’est le signe d’une faiblesse qu’il
nous faut à tout prix refuser. Et que faire de ceux qui ne pourront pas
quitter ? Que dire à ceux qui n’ont aucune famille en Israël ? A ceux
trop âgés pour quitter repères et amis ? Qu’adviendra-t-il des communautés
affaiblies qui vont rester ?
Attention aux messages alarmistes
qui n’ont pour effet que de renforcer le sentiment d’inconfort et de précarité
de notre condition.
La communauté juive de France
compte la plus grande communauté juive d’Europe, elle doit se renforcer et ses
structures opérer en toute légitimité. Les différentes organisations et
mouvements doivent agir en complémentarité et en singularité, mais dans un
esprit d’unité et de proximité.
Les hommes et les femmes qui
composent notre diversité d’opinion doivent s’unir autour du socle commun des
valeurs que nous partageons, appeler ensemble au réveil des consciences contre
la banalisation des violations de ces valeurs. Les querelles des mouvements,
tout comme celles des hommes, ne sont pas stériles, elles accouchent d’une
division et d’un affaiblissement qui nous rendent vulnérables.
Faisons face à la page d’histoire
qui s’ouvre devant nous avec courage, dignité et conviction. L’unité c’est
maintenant !
Reconnaissons-le: Ces meurtres se sont révélés tellement exorbitants par leur cruauté et leur incroyable sadisme, qu'il nous a fallu du temps pour en prendre pleinement conscience, tant notre émotion fut presque annihilée par la stupeur qu'ils ont provoqué en nous.
Comment, en effet, aurions-nous pu imaginer revivre ces images, qu'on croyait n'avoir vu que dans les archives de Yad Vachem: un SS tirant à bout portant sur une mère tenant son enfant dans ses bras, un soldat de la Wermacht pointant de son fusil un enfant du ghetto les mains en l'air, un soldat exécutant un otage sans sommation; Comment aurions-nous pu imaginer que ces images-là, se réincarneraient, aujourd’hui, et sur cette Terre de France?
Que pouvez-vous dire, quand on vous décrit comment cet assassin, ayant visé la petite Myriam de 7 ans, et après avoir grièvement blessé un jeune lycéen qui s'était interposé entre lui et s a victime, l'a retenu par les cheveux, cet enfant qui, tel un oiseau blessé qui ne peut s'envoler, fut abbatu de sang froid par celui qui vient de lui tirer une balle dans sa tempe!
Son âme sera désormais une petite soeur pour ces ombres si belles d'enfants arrachés à la vie dans leur sommeil, il y a un an, presque jour pour jour dans la localité d'Itamar: Yoav 11 ans, El-ad 4 ans et Hadass 3 mois, et leurs parents Ûdi et Ruthy Fogel.
Pour les ennemis d'Israël, qui sont aussi les ennemis de la France, avec un juif, on peut tout se permettre. Parce qu'un juif n'a pas le droit d'être! Et que là où il vit, et jusqu'à un certain point dans l’État d’Israël, c'est son existence même, qui lui est refusée! Et que la faute de la petite Myriam comme de ses camarades, Gabriel 6 ans et Arieh 3 ans et leur père, Jonathan Sandler, c'était, précisément, d'exister!
(...) Ces crimes contre - nature, ces crimes immotivés, ces crimes exorbitants, ne sont pas ceux d'un simple fanatique, ni seulement d'un fondamentaliste, qui aurait justifié les morts d'enfants juifs, par le sort des enfants palestiniens, ou l’exécution sommaire de nos trois militaires, Imad, Abel et Mohamed, par l'engagement de l'Armée française en Afghanistan! Ce sont les crimes d'un monstre, parce qu'à travers la mort de nos soldats et de nos enfants, c'est l'essence de l'homme, l'humanité qui était en eux , mais qu'il avait déjà perdu, qu'il tentait de nier.
Qu'il ait agi ainsi en invoquant son Dieu, un Dieu qui, lorsque l'on tue en son nom, doit pâlir de honte, est une grave question que nos religions ne peuvent ajourner, ni persister à croire qu'elles peuvent se contenter d'en dénoncer les auteurs, comme des brebis galeuses.
En s'attaquant, à la fois à des enfants, et à des militaires, l'assassin a, à la fois blessé la jeunesse de la France et son avenir, et à la fois sa protection et sa présence au monde. Cette France, qu'il voulait mettre à genoux, et dont il voulait briser ce qu'elle porte en elle d’espérance!
Nous saluons, ici ,les forces du RAID qui, au péril de leur vie, l'ont neutralisé, car même si sa mort ne permettra pas de répondre à toutes les interrogations encore en suspens, le deuil se poursuit, avec le soulagement que ce meurtrier est hors d'état de nuire .
Mais, au regard des éléments disponibles à cette heure, nous souhaitons, que ces évènements horribles éclairent les consciences de ceux qui, sous l'influence de discours pervers, terroristes ou racistes, pourraient être tentés par des actes qui nient Dieu et l'humain.
Nous invitons, également, les Politiques, et les Média, à toujours exprimer leurs opinions avec mesure, dignité et responsabilité, et, plus largement, chacun de nos concitoyens à faire reculer la haine, en repoussant les amalgames mensongers sur nos concitoyens musulmans, et en refusant la diabolisation d’Israël.
Enfin, l'appréciation du degré de culpabilité de cette bête sauvage, capable de tuer à bout portant un enfant, cette appréciation sur le degré ou non d e sa folie, de sa délinquance, de son associalité, de sa frustration, de sa dépendance....ne sera pas, pour nous un sujet d e débat ou d e controverse!(....)
Tous les crimes d'enfants juifs, parce qu'ils sont enfants juifs, musulmans, parce que musulmans, chrétiens, parce que chrétiens, soldats par ce que soldats, ne doivent pas être un sujet d e débat, et la seule idée de voir se confronter sur cet individu, le Pour et le Contre, aurait, ici, quelle chose de honteux, de dérisoire et, finalement, une grave inconvenance à l'égard des victimes.
Le monde, disent nos Sages , ne tient que par le souffle des enfants qui étudient la torah. Or cela a toujours été ainsi dans notre Histoire: depuis le Pharaon d’Égypte et Nabuchodonosor jusqu'à Hitler, tous les ennemis d'Israël virent, dans nos nos enfants, leur cible première à éliminer. Comme si ils avaient compris leurs rôles dans notre mémoire collective, aussi bien que dans notre survie, dans le quotidien. Ils resteront, toujours, au centre de notre quête et de nos rêves, par ce que, pour nous, les enfants incarnent: notre espoir et notre fierté, notre foi et notre attachement à ce qui est sacré et transcendant dans notre éternelle démarche en tant que communauté.
Une communauté qui par ma voix vous remercie pour votre présence et pour les messages de compassion et de solidarité qu'à tous les échelons de la vie civile militaire et religieuse de la Ville comme de la Région nous avons été les destinataires.
Vous tous qui par votre présence aussi , sans oublier de remercier les services de la Préfecture et les forces d e l'ordre pour la protection toujours assurée, avec le SPCJ, de nos lieux d e culte et nos écoles , nous encouragez à ne pas fermer nos écoles, mais, au contraire, à renforcer notre désir inaltérable et notre engagement perenne dans l'étude. De même, à continuer le dialogue inter religieux dont la Ville d e Strasbourg se veut l'exemple,dans un respect et une reconnaissance mutuels
Il nous faut, en rappelant la mémoire de ces soldats et de ces enfants qui, sans même se voir ni se connaître, ont partagé le même sort, clamer à nouveau les valeurs que le peuple juif, peuple épris d e bonheur comme tous les peuples de la terre , mais peuple exposé, même en temps d e paix, au propos et à l'acte antisémite, a donné au monde , valeurs qui se resument au fronteau de cette synagogue par ce verset de la Bible: " Ni par le glaive, ni par la force mais par mon Esprit a dit l’Éternel !
Je partage également cet avis, sauf
que la réalité n’est pas ainsi. En voici l’explication :
La loi juive proscrit la
consommation du nerf sciatique ; traditionnellement les communautés juives
d’Europe ont pris l’habitude depuis plusieurs siècles de ne pas manger les
parties basses de la bête. Chacun le sait, les meilleurs morceaux se trouvent à
l’arrière et non pas à l’avant. Par conséquent, quand une bête est abattue dans
la norme casher, les parties hautes se retrouvent sur l’étalage d’une boucherie
casher et que fait-on des parties basses ?
La règle économique de l’offre et
de la demande s’applique ici comme ailleurs, l’acheteur profite du fait que les
juifs ne peuvent rien faire de cette partie pour négocier au plus bas le prix
de la viande. Qui est gagnant au final ? L’acheteur de la filière
classique qui aura pour un moindre coût les bonnes parties de viande.
Certes, la communauté juive gagne
également, car si elle devait jeter aux poubelles cette quantité de viande, le
coût financier serait insupportable. Pour autant, la filière classique est-elle
la poubelle du casher ? Au contraire, elle profite à plein de ce système,
elle achète les meilleurs morceaux au meilleur prix !
D’ailleurs les grands
distributeurs de viande sont opposés à l’étiquetage pour cette même raison.
Quant à savoir si le consommateur
a le droit de savoir ce qu’il a dans son assiette, je le dis honnêtement :
oui ! C’est un droit et vous devez savoir ce que vous mangez ! Sauf
que, malheureusement, pour vraiment savoir ce que vous avez dans votre
assiette, il ne suffit pas de vous raconter les 3 dernières minutes de vie de
l’animal. Ceci est extrêmement stigmatisant, en voici les raisons :
1.Saviez-vous
que dans 17% des cas, l’étourdissement est raté et il faut s’y prendre à deux
ou trois fois pour que la bête perde connaissance, je vous épargne la
description des souffrances inouïes... Mais ça Brigitte Bardot ne vous le dit
pas, demandez-lui pourquoi ?
2.Avez-vous
connaissance de la santé de l’animal avant qu’il ait été tué ? Lorsque
vous mangez casher, vous avez la garantie que la bête était en bonne santé, car
sinon la loi juive interdit absolument de la tuer.
3.Dans
quel état était le cœur de la bête, son cerveau, ses poumons ou sa rate ?
Vous ne le savez pas… Et pourquoi est-ce que cela ne vous concernerait
pas ? Pourtant, l’influence sur votre santé est bien plus grande que la
question de l’abattage. J’ajoute que la filière casher n’a pas connu les problèmes
de la vache folle, pour les raisons invoquées.
4.Connaissez-vous
l’influence et les risques liés à la consommation de sang animal en grande
quantité sur votre santé à long terme ? Or un (voire plusieurs) étourdissement
crispe les muscles et ne permet pas de vider le sang de la bête. C’est
également l’une des raisons pour laquelle l’étourdissement est interdit dans le
Judaïsme, car nous n’avons pas le droit de consommer le sang.
Brigitte Bardot
est-elle l’amie qui vous veut du mal ?
Voilà des questions de santé
publique importantes et qui vous concernent directement, mais vous préférez
focaliser votre attention sur la seule chose qui n’a aucun impact sur vous,
mais sur une supposée souffrance de l’animal qui fait débat scientifiquement.
Quant à la question du
financement du culte par l’abattage rituel, c’est un mensonge grossier, car la
taxe casher est payée par le client juif en bout de chaîne de distribution, c’est
à dire dans la boucherie casher exclusivement, le reste n’est que fantasme et
manipulation.
Cessez de vous faire manipuler
par des gens qui ne réfléchissent qu’à travers la stigmatisation de l’autre et la
peur de la différence.
Il semble être des périodes où
rien ne va dans le bon sens. Marine Le Pen a ouvert la voie en s’attaquant à
l’abattage rituel il y a trois semaines ; nous sommes en campagne
électorale et il faut bien faire un peu de populisme…
Mais hier, le coup est tombé d’une
source qui a surpris la plupart des observateurs de la vie politique, et prenons
les paris que cela a même confondu les membres de sa propre famille politique :
il s’agit du Président candidat Nicolas Sarkozy. Ce dernier a annoncé hier lors d’un meeting à Bordeaux qu’il souhaitait mettre en place « l’étiquetage de
la viande en fonction de la méthode d’abattage ».
Sans vouloir analyser ce
revirement d’un point de vue politique, il est important de comprendre l’impact
d’une telle mesure sur les consommateurs de viande Casher.
En quoi consiste cet
étiquetage ? Il s’agit de préciser sur l’emballage de la viande que les
clients achètent dans un circuit classique (boucherie, supermarché, etc.) si
l’abattage de la bête a été fait avec un étourdissement préalable ou non. Comme
chacun le sait, l’abattage Casher est exécuté sans étourdissement.
Sans rentrer dans le débat
scientifique, d’après la loi juive, ce type d’abattage protège au mieux l’animal,
diminue sa souffrance et la viande est plus saine pour le consommateur.
Néanmoins, nous savons que la tendance actuelle ne va pas dans cette direction
et Brigitte Bardot n’y est pas pour rien dans la campagne de diabolisation de
l’abattage rituel. (lire aussi cet article sur Brigitte Bardot et sa fondation)
La conséquence en terme pratique
d’une telle mesure sera l’augmentation considérable du prix de la viande et
donc sa mise en danger. Pourquoi ?
Car aujourd’hui, pour produire un
kilo de viande Casher en bout de chaine, il faut tuer rituellement au moins le
double de bêtes. Une grande partie de l’animal n’étant pas apte à être
consommée dans le circuit Casher pour des raisons religieuses (presque tout
l’arrière de la bête), ces kilos sont donc revendus dans le réseau classique de
la grande distribution, au prix du marché, voire un peu moins.
Quel serait le prix d’un kilo de
viande Casher d’une bête dont on n’aura pas vendu à des non-juifs les
parties impropres religieusement ? Le double… Certainement !
Imaginez donc l’étiquetage
obligatoire : combien de consommateurs seraient prêts à acheter de la viande
tuée selon la méthode Casher ? Pas beaucoup ! Mécaniquement, les prix
du Casher risqueraient de s’envoler.
Que peut-on faire ? Voilà la
question que nous devons nous poser.
Il semble que le vent ne va pas
changer de direction, car même si le Président revient sur cette question la
semaine prochaine, la pression des lobbys en France et en Europe va imposer tôt
ou tard un étiquetage sur l’abattage rituel. Ce n’est qu’une question de temps !
Jusqu’à présent, les communautés
juives de France et d’Europe ont eu une position défensive, en soutenant que la
méthode de la Che’hita était un procédé traditionnel et qu’elle n’était pas « moins
bien » que l’abattage précédé d’un étourdissement. Mais de cette façon,
nous ne faisons que repousser temporairement les attaques contre nous.
Il est temps de changer
stratégiquement et de passer à l’offensive !
Il faut créer un comité national
et européen ad hoc composé de professionnels et d’experts en marketing, en
communication, en habitudes de consommation, des vétérinaires, des
agriculteurs, des politiques, des philosophes, etc. L’objectif de cette commission
serait de démontrer que les techniques employées pour l’abattage selon les
règles du judaïsme sont bien meilleures du point de vue de la souffrance
animale, de la morale, de la santé, et encore à bien d’autres niveaux, que
l’abattage avec étourdissement préalable.
À terme, nous devrions créer un
label de qualité Casher pour la viande vendue dans les supermarchés et autres
boucheries classiques, afin que cette méthode soit valorisée et recherchée par
le consommateur, car elle est la garantie du plus grand respect de l’animal.
En parallèle, je propose que l’offensive
se poursuive également sur le terrain juridique, car il y a à ce jour des pays
en Europe où l’abattage rituel est interdit. Il faut savoir que l’abattage
rituel est un droit garanti par la Convention européenne des droits de l’homme
dans son article 9. Cette offensive doit être menée à la Cour européenne
des droits de l’homme et la probable condamnation de ces pays sera le meilleur
moyen de démontrer le bien-fondé juridique de pouvoir pratiquer librement notre
religion.
Nous n’avons pas à rougir de nos
valeurs, de nos convictions et de la façon dont le judaïsme a toujours protégé
les animaux. Il nous faut expliquer avec pédagogie la légitimité de nos rites
et ainsi les valoriser auprès de nos coreligionnaires et du reste du monde.
Soyons fiers de ce que nous
sommes, c’est aussi comme cela que Morde’haï a sauvé le peuple juif contre les
attaques d’Haman !
L’actualité « ultrareligieuse » israélienne
n’offre pas un spectacle enviable, j’ai toujours un dégout profond pour toutes
formes de violence qu’elle soit religieuse ou pas. Mais quand elle est
religieuse, elle éclabousse sur les autres, même ceux qui ne partagent pas leurs
opinions.
Afin de faire taire les amalgames et de démontrer que
religieux ne rime pas toujours avec intolérance et fanatisme, la condamnation
de ces actes va de soi, mais peut-on se contenter de dire que ce n’est pas
bien ?
Sans prétendre être un expert de la situation israélienne,
sans connaître l’histoire des clans qui anime l’actualité, sans analyser les
motivations qui poussent les médias à ne parler que des extrêmes ou des
extrémistes, alors que la société israélienne dans son ensemble est
intelligente et sait vivre harmonieusement avec sa diversité de
conviction ; le constat est pourtant affligeant : la violence d’une
infime partie des religieux est une réalité.
Le diable dira qu’il n’y a pas d’autres moyens de réagir,
que les valeurs sacrées sont violées, que l’éducation de nos enfants est en
danger, que sur la Terre Sainte, la loi de la Torah doit primer ; certes,
d’ici il m’est impossible de peser la pertinence de ces arguments. En revanche,
ce qui ne fait pas de doute, c’est que la Torah que nous aimons tant, ne se
grandit pas de ce genre d’actualité.
Pourtant il y a un autre moyen… la Torah n’est-elle pas un
chemin agréable et ses voies gages de paix ? Comment auraient réagi les
grands leaders des générations précédentes, ceux qui ont exprimé une affection
et un amour profonds pour chaque membre du peuple juif ?
Un site internet a publié une vidéo du Rabbi de Loubavitch
où l’on voit qu’il est certes possible de faire respecter les principes de
pudeur de la Torah avec une délicatesse exemplaire.
Il s’agit d’un moment où le Rabbi distribue du vin de la
Havdala à la sortie des fêtes… Le public y est joyeux, chante avec allégresse
et puis, près du micro, une petite fille qui se trouve près de son père se met
à fredonner avec lui et sa voix se fait alors entendre très clairement.
Imaginez cette scène avec des milliers de religieux,
contraints d’entendre une voix de femme (d’après la loi juive, la petite fille
est assez grande pour « rentrer » sous les lois de la pudeur
interdisant aux femmes de chanter devant des hommes). Quelle réaction aurait-il
fallu avoir ? Quitter les lieux ? Impossible, car le Rabbi était
présent... La faire taire ? Certainement le plus évident, mais
comment ?
La réaction du Rabbi ne s’est pas faite attendre et dans un
élan d’attention et de délicatesse, il fit signe à la petite fille de taper des
mains. Mais mesurant le risque d’une déception de se voir privée de chanter
tandis que toute l’assemblée le faisait, le Rabbi ne se contenta pas de cela,
dans un geste fort et un élan rythmique avec ses mains, il exhorta tout le
public à frapper des mains et suivre cette petite fille, qui devint tout à coup
le chef d’orchestre des milliers de ‘Hassidim.
Le sentiment de fierté qui envahit cette fille la marqua
certainement à vie et le respect de la loi le voilà préservé !
Sommes nous capable d’allier cette délicatesse à nos
actes ? De tenir compte de l’humanité et de la sensibilité d’autrui qui
est un principe de base de la Torah, au moins autant important que les valeurs
que nous voulons défendre.
Parce que la Torah n’a été donnée que pour harmoniser la
société, s’en servir pour la diviser c’est lui faire perdre son âme. Gardons
l’espoir d’un sursaut de sagesse !
Il y a parfois des coïncidences qui nous forcent à croire
qu’elles n’en sont pas vraiment… Elles seraient plutôt un message de l’histoire
pour ceux qui doivent l’écrire, et celle dont je vais vous parler est de ce
calibre.
Tout le monde sait que la Bible (première législation et
premier livre de l’humanité imposant les Droits de l’Homme) commence par l’épisode
de la création du monde.
Or à ce sujet, les commentateurs mêlent leur logique
talmudique et ne manquent pas de s’interroger : si la Bible est un livre
de loi, pour quelle raison doit-elle nous raconter l’histoire de la création du
monde et la Genèse de l’humanité ? Il aurait été plus judicieux de débuter
par la première injonction Divine, à savoir la sanctification du début du mois.
Ainsi Rashi (1040-1105) répond : certes, selon la
logique législative, cette remarque se justifie, mais ici il s’agit d’apporter
l’origine et la preuve de l’appartenance du monde à un Créateur. Et s’il est
important d’affilier l’univers au Créateur, c’est comme l’écrit Rashi, parce
qu’un jour viendra celui qui accusera Israël en disant : « Juifs, vous êtes des voleurs, vous nous avez
confisqué notre terre ! » Ce à quoi vous répondrez : « toute la terre appartient à l’Eternel, c’est
par Sa volonté qu’Il vous l’a donnée et c’est par Sa volonté qu’Il vous l’a
reprise pour nous la donner ».
La question et sa réponse se trouvent dans le texte évoquant
le premier jour de la création (25 Eloul), qui tombe cette année le vendredi
soir 23 septembre, au moment où la tribune de l’ONU accueillera un homme voulant
proclamer la création d’un Etat sur des terres historiquement juives. Son argument
principal est que les juifs sont des voleurs et qu’ils ont spolié ces terres – assorti
d’autres revendications tout autant vaseuses.
C’est alors que nous autres juifs, mais pas uniquement, car
tous les croyants du monde entier et ceux qui considèrent la Bible comme le fondement
de leur foi et de leur éthique, doivent s’unir ensemble pour affirmer
clairement que la Terre d’Israël appartient au peuple juif pour des raisons
historiques, oui, mais également et surtout car c’est la terre qui a été donnée
au peuple d’Israël.
Dire la vérité aux menteurs et
usurpateurs de l’histoire, c’est se garantir de ne pas en être complice !
Cette semaine, la Torah nous met en garde contre la tendance qui nous conduirait à négliger les petites choses. Dans notre Paracha du nom de Ekev, signifiant le talon, Moïse exhorte le peuple juif à faire attention à ces choses que nous repoussons sur notre passage avec nos talons; leurs valeurs étant mineures ou accessoires à nos yeux, nous serions parfois tentés de les écraser.
Rabbi Haïm ibn Attar (1693-1743), auteur de l'illustre commentaire "Or A’haïm", explique que cette mise en garde est destinée essentiellement à ceux qui étudient la Torah et observent assidûment ses commandements. En d’autres termes, elle ne s’adresse pas (en premier lieu) aux personnes dont la pratique religieuse n’est pas régulière et qui, de ce fait, en négligent forcément certains aspects. La Torah interpelle les hommes dont la pratique est quasiment irréprochable, mais qui sont parfois les premiers à mesurer et à soupeser les moindres petits éléments de la loi, pour finalement les dévaloriser, tels de négligeables poussières, au lieu de les considérer comme des matières fines.
Au regard de la logique et de la nature humaine, il est généralement admis que l’importance d’une action dépend de son impact. Suivons ainsi l’érudit qui consacre quotidiennement plusieurs heures à l'étude et s’isole dans un monde intellectuel dont les délices des méandres talmudiques rassasient son esprit. Une fois redescendu de cette sphère et ouvrant les yeux sur un milieu insensible à la grandeur des raisonnements qu'il expérimente, cet homme a tendance à considérer le monde matériel avec mépris. Certes, il avance sur terre avec ses pieds, mais sa tête est encore dans le ciel. Ne regardant pas où il marche, il donne des coups de pieds, néglige les gens qui passent, ne sourit plus au monde environnant et n’est plus attentif aux besoins de son entourage. «Ekev» le talon !
Cette situation englobe deux facettes: le risque existe pour soi-même, mais aussi envers les autres.
Lors d'un séjour dans une ville où il n'y avait que très peu de nourriture Cacher, je suis passé avec un collègue de travail devant un chocolatier pour une « pause énergie ». A ma surprise, il commanda un chocolat contenant du lait non chamour (non surveillé). Je me permis de lui faire remarquer son inattention... mais il rétorqua simplement qu’il ne faisait «pas attention à ces choses»!
Comment cela, « ces choses » ? Parce qu’il est religieux, parce qu’il étudie et connaît la valeur des «choses», par conséquent il estime que mettre ses Tefilines, manger Cacher ou respecter le Chabbath sont des actions importantes, par contre « cette petite chose », le talon peut lui donner un coup sans état d’âme et l’écraser par le poids de la connaissance.
Cette négligence se retrouve aussi parfois de façon latente dans la considération d'autrui. Combien de fois avez-vous entendu de la bouche d’un rabbin ou d’un maître en Torah : « Mais pour lui ce n’est pas grave, de toutes façons, il n’est pas religieux... ». Ces gens admettent que certains éléments sont importants, mais seulement pour eux-mêmes ! Comme si la Torah avait des critères d’exigence variables en fonction des individus et de leur pratique. Derrière cette affirmation se dessine clairement un non-dit, laissant sous-entendre qu'au fond, ce n’est pas capital pour soi non plus! Ce qui revient à façonner une échelle de valeurs dans la Torah...
C’est contre cette erreur que Moïse met en garde le peuple juif dans cette Paracha, car il s'adresse à une génération qui a grandi dans l’étude et la pratique de la Torah (contrairement à la génération précédente qui avait passé sa jeunesse dans les camps de travail égyptiens). Et le risque de valoriser un élément au détriment d’un autre peut surgir spontanément.
Cette semaine, la Torah nous enseigne la valeur de chaque bonne intention, chaque pas ou chaque geste, même s'il semble anecdotique. En réalité, c’est derrière ces poussières que se révèle notre caractère et se cache notre profonde motivation pour faire les grandes choses.
Comme quoi, D.ieu se cache dans les moindres détails !
Le jour le plus triste du calendrier juif, le 9ème jour du mois de Av fut marqué par trois événements dramatiques de notre histoire.
Le premier épisode sombre eut lieu en -1312. Le Peuple Juif était sorti d’Égypte, il croyait en D.ieu avec ferveur et pureté. Devant la Terre de Canaan, des explorateurs furent envoyés pour sonder le pays. A leur retour, ces hommes décrivirent la terre sous de bons et de mauvais angles… Comment réagir ? Fallait-il se réjouir de telles nouvelles ? Le Peuple Juif resta perplexe et devant tant d’hésitation, les « amis d’Israël » ne manquèrent pas de saisir l’occasion pour imposer leurs opinions et l’inciter à se rebeller. La méthode de séduction fut imparable: « Souvenez-vous des merveilles passées que vous avez laissées derrière vous en Égypte et cessez de rêver ! La conquête de la Terre Promise ne pourra jamais se faire, car l’ennemi est trop fort. » C’est ainsi que ce Peuple Juif, toujours à l’écoute des bons conseils de ses amis, se laissa aller plutôt que de suivre sa propre conviction, et en cette date du 9 Av, se mit à pleurer et refusa de conquérir la terre. Il le paya très cher, puisque s’en suivirent 39 années d’errance dans le désert et la mort d’une génération entière (585 000 personnes) !
Ce jour fut et restera marqué à jamais comme celui de tous les malheurs pour notre peuple. Les destructions des deux Temples de Jérusalem en -423 et en 70 sont les deux autres drames majeurs survenus le 9 Av (des catastrophes mondiales survinrent par la suite ce jour-là au cours de l’histoire).
Au fait, qui sont ces « amis » qui nous menèrent vers cette fin si funeste ?
La sortie d’Égypte avec son cortège de miracles grandioses fut une démonstration éclatante de la puissance de D.ieu, dont les prodiges et les merveilles impressionnèrent plus d’un peuple sur terre. C’est alors que de nombreuses personnes, des Égyptiens de souche, envoutés par la suprématie du D.ieu d’Israël, choisirent d’embrasser la culture juive. Pourtant, leur sincérité fut maintes fois éprouvée et s’avéra vraiment déficiente…
Quel fut l’impact de ces individus sur le Peuple Juif ?
Le tempérament humain est tel que nous autres, êtres humains, accordons beaucoup d’estime à ceux qui adhèrent à la même croyance que la nôtre. Imaginez un instant ce peuple qui sortit d’Egypte, rejeté de tous et encerclé d’ennemis… Il porta forcément une grande admiration à ceux qui choisirent de devenir ses amis, envers et contre l’opinion générale. Cette admiration se mua bien vite en fascination et en estime, car au fond, quelle bravoure avaient ces amis en rejoignant le rang des Hébreux malgré la fronde puissante des opposants !
Le charme de ces amis commença à hypnotiser les enfants d’Israël, créant en eux une certaine fragilité. Ainsi, le jour où ils suggérèrent d’agir d’une certaine manière, même si cela était contraire aux intérêts du peuple, tous s’efforcèrent de se conformer à leurs recommandations. Or, dans la mesure où ces amis n’avaient pas la même histoire et qu’ils ne partageaient pas les mêmes préoccupations, malgré leur empathie, ils ne pouvaient que les faire glisser vers une pente néfaste. Désapprouver ses amis ou les critiquer aurait été perçu comme un affront après tant de preuves d’amitié à leur égard.
Dans le désert, les Juifs ont subi ces amis égyptiens, comme si ces nouveaux convertis étaient suffisamment inspirés pour leur donner des leçons en matière de terre sacrée. Les grandes crises qui se succédèrent furent tout autant causées par ces « amis » et, plus tard dans l’histoire, cette fascination pour des pseudo amis fut également ce qui causa la perte du Peuple Juif.
Nous trouvons une autre illustration flagrante de cette situation à l’époque de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem en l’an 70.
La domination de l’Empire Romain sur la Judée a profondément marqué l’état spirituel du Peuple Juif. La fascination des Romains pour la culture juive, sa discipline, la sagesse de ses maîtres, sa philosophie et sa science fut à l’origine d’une grande jalousie envers les Juifs. Certains traduisirent cette envie en décidant de comprendre et d’étudier la Torah, allant même jusqu’à se convertir pour quelques-uns d’entre eux. Et la jeunesse juive crut voir dans cet intérêt l’opportunité d’un rapprochement avec les cultures étrangères au judaïsme.
Les Juifs commencèrent ainsi par fréquenter les lieux huppés de la bourgeoisie romaine, à s’assimiler à leur mode de vie et à se fondre dans la société qui les entourait. Le destin politique n’étant pas bien loin, ils accédèrent à des postes à responsabilité, au droit de gestion sur la Judée, et même sur le lieu le plus sacré du Judaïsme – le Temple – qui fut sous le contrôle de ces jeunes Juifs qui n’avaient pour seule ambition que de plaire aux yeux de l’Empereur.
Le nouvel ami romain était généreux, compréhensif et intelligent, il était naturel de lui vouer une confiance totale, car après tout, il ne cherchait que le bien des Juifs!
Ces jeunes fascinés par le pouvoir et la puissance ont permis la division du peuple et ont rendu impossible toute négociation avec l’Empire pour protéger le Temple de la destruction.
C’est alors que les enfants d’Israël héritèrent de ses amis un cadeau : la beauté du combat, l’art de la guerre, le courage pour la bataille… Néanmoins, certains avaient perdu la véritable expression de l’âme, celle qui n’a pour seule vocation que de puiser sa force dans la lignée de nos ancêtres et dans la foi profonde.
Et aujourd’hui ?
Devons-nous avoir honte de ce que nous sommes ? Renier nos valeurs ? Nos convictions ? Au nom de quoi devrions-nous refuser de défendre ce qui nous est cher uniquement pour contenter nos amis ?
Combien allons-nous accepter d’entendre avec servitude certains amis d’Israël nous donner des leçons (conseils) comme si nous étions des inconscients ou des enfants ? Où étaient-ils à l’heure de notre souffrance ? Ces amis admirent dans un sourire affable notre courage et notre force de caractère lorsque nous nous reconstruisons après tant de douleurs et de destructions, mais ce sourire séduisant n’a pour seul but que d’exercer un pouvoir sur nous le moment venu.
Retenez cette date, le 9 Av, comme celle où l’ami a exercé son pouvoir de séduction sur nous, parce qu’il nous voulait du bien.
Comme disait un ami : « Entre amis, on doit pouvoir tout se dire. » C’est fait !
Inspiré d’une lettre du Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn de Loubavitch
Les sacrifices quotidiens dans le Temple sont au programme de la lecture de la Torah cette semaine. S’agissant de ceux offerts lors du Roch ‘Hodech (le premier jour du mois) le verset termine en disant : « et un bouc comme sacrifice d’expiation pour l’Eternel… ».
Quel sens prend ici le terme « l’expiation pour l’Eternel » ?
L’explication première rapportée dans le Rashi dit qu’il s’agit d’une faute dont seul D.ieu a connaissance ; mais ce n’est pas parce que nous ne savons pas que nous avons fait une erreur qu’elle n’existe pas, il faut aussi nous en faire pardonner.
Toutefois, Rashi termine avec une autre explication du verset, pour le moins surprenante, en disant qu’ici, il s’agit d’apporter une offrande d’expiation pour D.ieu. Mais de quelle faute s’agit-il ? Comment D.ieu peut-Il fauter ? Faire une erreur ?
Rashi répond que cela se rapporte au fait d’avoir réduit la taille de la lune après sa création.
En effet, lors de la création des luminaires (le quatrième jour de la création), la lune et le soleil brillaient à puissance égale, mais la lune s’est démarquée en arguant qu’il n’était pas possible d’avoir deux grands luminaires qui règneraient en parallèle. La réponse du Créateur fut pathétique pour elle puisque D.ieu appliqua la règle du conseilleur payeur et diminua la taille de la lune.
C’est pourquoi, chaque début de mois, tandis que la lune se remémore ce traumatisme (même si elle en est responsable), D.ieu demande au Peuple d’Israël de faire un sacrifice pour Le pardonner.
Revenant de Pologne pour un voyage de recherche sur les victimes de la Shoa, je trouve un sens vraiment particulier dans ce Midrash cité par Rashi (qui pour le traducteur Yonathan ben Ouziel c’est l’explication principale de ce verset).
Il est expliqué à maintes reprises dans la Kabbale que le Peuple Juif est comparé à la lune : il grandit, il connaît des périodes de gloire intense et malheureusement, comme l’histoire le montre, des moments dramatiques de diminution, de solitude voir presque parfois, de disparition. Puis il réapparait, pour connaître de nouvelles phases de splendeur et de plénitude…
Il est un principe premier qui nous enjoint d’avoir une foi absolue en la justice de D.ieu (sans pour autant pouvoir la comprendre ou l’appréhender). Pour autant, D.ieu s’adresse au Peuple Juif à chaque début de mois, lorsque la lune « disparaît ». Lorsque Son peuple est rabaissé, humilié, affaibli, lorsque Ses enfants souffrent d’une injustice accablante et que certains y voient même une éclipse divine, où tous les cauchemars sont permis, D.ieu demande alors à Ses enfants d’apporter une offrande expiatoire pour Le pardonner. Il nous demande à nous – être humains totalement dépendants de Sa volonté – de bien vouloir Lui accorder le pardon pour les moments sombres que nous avons vécus !
Serions-nous insensés de penser qu’Il nous a oubliés ? Jamais ! Car pendant que nous souffrons, notre Père dans le ciel verse des larmes de douleur pour Ses bien-aimés. Tel un engagement, cette demande de pardon est bien le signe qu’un jour, la lumière de la lune sera aussi grande que celle du soleil, que le peuple d’Israël brillera de sa grandeur d’antan et que D.ieu effacera les larmes de tous les visages ! Puisse cette promesse s’exaucer rapidement de nos jours !
Cette semaine, la Paracha nous fait vivre l’un des événements les plus perturbants de l’histoire de notre Peuple dans le désert.
Replaçons-nous dans le contexte : nous sommes deux années après la sortie d’Égypte, après la traversée de la Mer Rouge, après le don de la Torah. Les enfants d’Israël savent pertinemment que grâce aux efforts déployés par Moïse, D.ieu les a pardonnés de la faute du veau d’or et de l’épisode des explorateurs.
Pourtant, malgré tout le dévouement et l’abnégation dont Moïse fait preuve au cours des pérégrinations du Peuple Juif, il se trouve un individu qui souhaite prendre sa place : Kora’h !
Une première question nous saute aux yeux immédiatement… Mais pour qui se prend-il? Qu’a fait Kora’h dans sa vie qui puisse légitimer une telle démarche ?
C’est alors que la Torah intervient justement à ce propos en disant : « Il prit, Kora’h, fils de… et Datan et Aviram ». Kora’h est le sujet qui a pris. Mais qu’est-ce qu’il a pris ? Où est le complément d’objet ? Un verset avec un sujet, un verbe, mais sans complément.
Rashi intervient en commentant : « Il s’est pris ! Lui-même ! »
Telle est donc la base de la révolte : il faut se prendre pour quelqu’un. Pour qui se prend-il celui-là ? Dans cette remarque se cache le premier symptôme du problème. Alors que lorsque D.ieu demandait à Moïse de prendre des responsabilités et de faire sortir son Peuple d’Égypte, celui-ci : répondit « Mais qui suis-je ? N’est-il pas possible de trouver une personne plus apte que moi ? » Kora’h est donc l’antithèse de Moïse.
La deuxième étape c’est la contestation, l’argumentation et la ridiculisation.
Kora’h conteste le caractère prophétique et spécifique de Moïse en l’invectivant: « Nous étions tous au Mont Sinaï, nous sommes tous égaux devant l’Éternel, pourquoi serais-tu supérieur ? »
Puis il ridiculise Moïse en lui posant des questions d’ordre rabbinique dont les réponses sont tout autant incongrues que les questions elles-mêmes.
Mais l’orgueil exprimé au début risque de mettre en péril sa stratégie et Kora’h le sait bien…. Il lui faut donc montrer que ce n’est pas son égo qui l’a poussé à la révolte, mais le bien commun. Kora’h part ainsi en campagne, il va de porte en porte pour expliquer que son but n’est pas de créer la zizanie, ni de se mettre calife à la place du calife, et encore moins de déstabiliser le peuple (qui vivait très bien). Bien au contraire, il argue que tout le monde va profiter de ses réformes et de sa rébellion contre le pouvoir établi, qu’il y aura des postes pour chacun... En d’autres termes, il se sacrifie pour le bien commun.
Sa chute n’en est pas moins tragique. Kora’h et ses acolytes ont été avalés dans la terre, ne laissant aucune trace d’eux à sa surface, comme oubliés de l’humanité.
Parce que la tentation de révolte d’inspiration Kora’hique est toujours d’actualité : la volonté de se prendre pour quelqu’un au-dessus du lot ou de revendiquer, sous de pseudo-motivations altruistes, un rôle dans la hiérarchie de la société dans le seul but d’assouvir son désir de pouvoir et un égo surdimensionné, est un phénomène familier. Nous connaissons à présent le risque encouru…
Comment devons-nous appréhender la diversité culturelle dans laquelle nous vivons ? Se fondre dans le moule et l’uniformité, quitte à perdre notre propre identité ? Ou alors faut-il assumer notre singularité positivement avec le risque d’être accusé (à tort, bien souvent) de vivre en marge de la société ?
Il est vrai qu’aucune de ces deux alternatives ne donne entière satisfaction, car abandonner sa culture est aussi traumatique que de vivre comme des exclus. Il nous faut donc imaginer une troisième voie.
C’est précisément l’exercice que nous propose la lecture de la Thora de cette semaine.
Elle raconte la façon dont le peuple juif a séjourné dans le désert et comment il y a organisé ses campements.
Le contexte historique est intéressant : le peuple juif a été libéré du joug égyptien depuis un an, il se forge déjà un destin et un avenir communautaires. A ce moment-là, il semble donc souhaitable que les enfants d’Israël décident de la façon dont ils veulent s’organiser en terme d’urbanisme et qu’ils favorisent le métissage entre les douze tribus. Ce mélange entre les intellectuels, les scientifiques, les commerçants, les techniciens, les artistes etc. est à priori nécessaire pour lier le peuple. Le multiculturalisme n’est-il pas source d’enrichissement pour la société ?
Or, à notre plus grande surprise, la Thora demande de faire camper chaque tribu de façon distincte avec un drapeau pour la discerner. Je me permets de mentionner que ce fut d’ailleurs l ‘apparition des premiers drapeaux dans l’histoire de l’humanité, qui ne manquèrent pas d’inspirer toutes les civilisations par la suite. Ces drapeaux étendus à l’entrée du campement symbolisaient la particularité de la tribu, ils différenciaient les uns des autres, somme toute comme une forme de communautarisme… Un écueil à éviter pensez-vous ?
La réponse tient au fait que si chaque camp était séparé et identifiable, néanmoins tous étaient tournés vers le centre où se trouvait le Tabernacle, lieu de recueillement commun. Ainsi, chacun pouvait expérimenter et vivre sa diversité dans la plénitude tout en partageant des valeurs collectives au cœur d’une certaine moralité et spiritualité.
Ainsi, il nous est possible de revendiquer une identité différente avec fierté et dignité, de lever notre étendard au-dessus de nos maisons, à la condition d’être tournés dans la même direction et de nous réunir, de défendre les valeurs communes qui nous sont chères. Ces valeurs qui soudent les hommes autour d’un projet de société garantissent la dignité à chacun et le respect de ses convictions.
N’est-ce pas cela le sens de l’adage - aussi fameux que difficile à mettre en pratique - d’Antoine de Saint-Exupéry : « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction » ?
Rabbi Yishmael dit : « Sois docile à l’égard d’un supérieur, affable à l’égard du jeune âge et accueille toute personne d’un visage réjoui. »
L’enseignement de Rabbi Yishmael nous invite à ne pas adapter notre bienveillance à l’égard de l’autre en fonction de sa grandeur ou de son statut social. Il semble logique que se rendre disponible et obéissant envers un supérieur hiérarchique ne constitue pas une qualité de cœur digne d’être remarquée, alors que si cette qualité se témoigne envers un jeune ou un subordonné, elle devient le signe d’une élégance certaine.
Puis en concluant de devoir accueillir chacun avec un visage réjoui, il ne fait pas seulement nous éveiller à un devoir, mais aussi à motiver ses directives. Il s’agit ici pour Rabbi Yishmael de nous dire qu’il n’est pas possible à l’homme de distinguer le véritable supérieur ou attester d’une réelle jeunesse.
Qui est le jeune ? Celui dont la chevelure n’a pas encore blanchi ? Mais il se peut qu’il soit plein de sagesse et de maturité. Qui est le supérieur ? Celui qui a l’autorité ? Et si cette autorité n’était que la conséquence d’une attitude autoritaire et violente, serait-elle digne de respect ?
Voir au-delà de l’aspect extérieur du statut social ou de la maturité nous conduit forcement à considérer chacun comme un être unique, important et méritant l’estime.
Il n’est pas anodin que Rabbi Yishmael soit à l’origine de ces conseils en nous demandant de ne jamais s’arrêter à l’image ou à la forme, mais regarder le fond et le bien en chacun.
Dans sa jeunesse il était prisonnier à Rome et c’est Rabbi Yehochou ben Hanania qui a vu en lui le potentiel d’un grand sage, dont il paya la rançon pour le libérer.
Durant sa vie il ne se fiait jamais à l’aspect extérieur des gens, le Talmud (Nédarim 9b) raconte qu’un homme jura de ne jamais épouser sa nièce, car elle était laide ; Rabbi Yishmael ordonna de l’accueillir chez lui, de la nourrir et de l’embellir, puis il la présenta à nouveau au récalcitrant en lui demandant : « Est-ce bien celle-là que tu juras de ne jamais épouser ? » Surpris par la présente beauté de cette fille, Rabbi Yishmael lui enleva son vœu et l’homme l’épousa. Rabbi Yishmael déclara alors : « Qu’elles sont belles les filles d’Israël, hélas, la pauvreté les enlaidit ».
N’est-ce pas lui qui enseigna : « Si le mauvais penchant veut s’emparer de toi, prends le au Beth Hamidrach (maison d'étude) car s’il est dur comme la pierre il va fondre et s’il est rigide comme le fer, il explosera ».
Ainsi, son enseignement est à l’image de sa vie. A nous de nous en inspirer !